Fischman est revenu dans le Lot après plusieurs années à Paris, et celui qui connaissait sa peinture, constate aujourd’hui une saisissante évolution. Il est certain que quelque chose s’est produit qui a conduit sa peinture à un merveilleux épanouissement. Il peut sembler paradoxal que ce soit à Paris qu'il ait découvert la couleur et ses joies. Et peut-être aussi une liberté dans l’expression, une sorte d’art intuitif tout en sensibilité et un climat d’une poésie bien subtile. Toujours est-il qu’à travers paysages, marines, intérieurs ou natures mortes, voici un peintre qui s’est trouvé, ce qui ne veut pas dire qu'il s’est fixé une fois pour toutes, car son art est riche de développements possibles, voire de nouvelles surprises.
Consciemment ou non, les grandes options du début du siècle déterminent encore bien des choix chez les jeunes peintres figuratifs. Il y a chez Fischman comme un fauvisme assoupli, attendri, tamisé par la qualité savoureuse de la pâte, adoucie par un goût des nuances qui pénètre jusque dans les zones colorées avec le plus d'éclat et contrôlé par une rigueur de mise en page qui sait mettre en valeur l’agencement très équilibré des surfaces. Des principes fondamentaux nés avec Gauguin sont ici exploités avec une souplesse et une spontanéité qui leur ôtent tout caractère systématique : la perspective frontale qui rabat les arrière-plans sur la surface, à deux dimensions, et empêche la toile de se creuser, aussi bien que les contrastes de couleurs, traités avec pureté, mais sans violence. Fischman, par sa sensibilité propre, par la transparence et la légèreté de sa peinture enrobe tout cela d’une atmosphère de fraîcheur et de simplicité qui fait oublier ce que son art a de très savant.